La réduction des effectifs Durant la fin des années 1990, les services maintenance et ingénierie étaient ciblés pour en diminuer les effectifs. 10 ans plus tard, dans les grandes entreprises ont arrivait au papy-boom. Donc assez naturellement, du fait du non-renouvellement des départs à la retraite, ces services maintenance et travaux ont vu leurs effectifs diminuer. Et quasiment dans la même proportion, les expériences et compétences sont parties. J'ai travaillé sur ce que j'appelle le syndoôme du carnet: il fallait récupérer les informations qu'avaient les techniciens partant dans leurs carnets. Il était établi, à tort ou à raison, que des personnes se rendaient nécessaire en gardant pour eux des données qu'elles ne voulaient pas voir figurer dans des GMAO (qui n'existaient quasiment pas en 1990, sauf pour les très grosses sociétés) ou dans les modes opératoires.
Prestataires "globaux" Durant les années qui suivirent, la sous-traitance qui était déjà très établie chez les grands donneurs d'ordres, s'est étendue à toutes les entreprises. Les prestataires de service en maintenance et ceux en ingénierie ont grossi. Alors qu'ils étaient spécialisés:
Spie, Cégelec pour l'électricité
Camom pour la mécanique
Ponticelli pour la tuyauterie et chaudronnerie
Eiffage pour la mécanique
etc,
les prestataires sont devenus pluri-métiers: généralistes (on disait à l'époque prestataire global). Cela répondait au souhait des services achats qui voulaient sous-traiter à grande échelle et en même temps diminuer leur nombre de sous-traitants. Bien entendu, 15 ans plus tard, ils se sont retrouvés prisonniers de sous-traitants devenus trop puissants chez eux, dans le sens où ils étaient devenus quasiment indispensables.
Contrat à obligation de résultat Les contrats sont passés progressivement dits de moyens au "Résultat". La différence juridique n'était quasiment jamais comprise et 20 ans plus tard, elle ne l'est souvent toujours pas.
Le "turn-over" des techniciens Pendant ce temps, les effectifs de techniciens de maintenance et d'ingénieurs travaux ont "fondu au soleil". Les arrêts d'unités sont souvent devenus catastrophiques (redémarrages tardif et compliqués) y compris pour la sécurité. Une pression a été mise dans le même temps sur les coûts de stock, compliquant un peu plus la maîtrise de la disponibilité. Dans les années 2015, les entreprises ont commencé à ne pas hésiter à laisser faire le turn-over de leurs techniciens. Puis dans les années 2018, cela a été au tour des responsables maintenance, il faut dire que les manques de compétences liées aux effectifs insatisfaisant, additionné à une sous-traitance à la compétence approximative et des compétences limités des techniciens rend le poste de responsable maintenance très peu confortable dans de nombreuses entreprises. Dans les années 2020, les entreprises ont commencé à prendre conscience de la nécessité de fidéliser leurs techniciens. Et parfois, ils ne pouvaient pas faire autrement car il n'y a plus qu'une personne ou deux qui possède la compétence.
Métier sous tension Le besoin de fidélisation a été nécessaire également du fait de la pénurie de techniciens. Le métier n'est plus attirant. Le métier de techniciens est passé sous tension. Des responsables de projets travaux-neufs sont très difficiles à trouver.
Les sociétés d'Ingénierie Les entreprises, même moyennes, se trouvent dans l'obligation depuis les années 2015 surtout à avoir recours aux sociétés d'ingénierie parce qu'elles n'ont plus les effectifs nécessaires. Ces dernières proposent des ingénieurs de tous niveau :
managers de transition,
fiabilistes,
responsables travaux,
responsable projet,
etc.
Ces dernières sont devenues de plus en plus nombreuses. Elles ont de très nombreux commerciaux qui recherchent des contrats pour assurer du travail aux salariés. Ainsi, les Directeurs techniques et responsables maintenance sont contactés quasiment tous les jours et certains manifestent une lassitude. Mais aussi estiment que la compétence de ces sociétés est devenue généralement trop faibles. Elles ont généré de très nombreux "consultants" qui se disent experts mais qui n'ont quasiment jamais managé un service maintenance dans la durée.
L'avenir des Directions Techniques L'ambiance dans ces services n'est généralement pas bonne. Les techniciens sont jugés responsables des pannes, du manque de fiabilité et disponibilité, des ruptures de pièces de rechanges dans le stock. Certaines entreprises ont pris conscience de l'état défaillant de leurs équipements. De par le manque de compétence interne, certaines entreprises ont laissé leurs équipements casser et en ont pris l'habitude. Quand elles le verbalisent, c'est qu'elles cherchent à re-maîtriser la fiabilité de leurs équipements / actifs. D'autres entreprises cherchent le responsable providentiel, parce qu'elles pensent que ceux qui se sont relayés chez eux n'étaient pas compétents. Mais beaucoup d'entreprises ont un TRS bas et s'en accommodent. Certaines trichent sur la valeur. Souvent elles estiment que la maintenance doit être très réactive, tout en indiquant qu'elle doit anticiper les pannes.
La maintenance est surement le métier le plus compliqué de l'entreprise La maintenance est souvent jugée comme un centre de coût. Pourtant elle doit être capable de tracer une politique et sa stratégie sans être aux ordres de la production mais de la disponibilité durable des biens / équipement / actifs (pour la production). Elle doit satisfaire tous les segments de l'entreprise:
les service achats qui choisissent fournitures, pièces de rechange et prestation de service
le service RH
le service marketing avec ses besoins de nouveaux formats
le service supply chain et la production pour le respect des délais (arrêts équipements, disponibilité, etc)
le service industriel central
le service HSE
le service gestion
le service lean ou excellence opérationnelle
Le nombre de participation de la Direction technique et de la maintenance aux réunions est le plus élevé de tous les services de l'entreprises; le nombre de mails, le nombre d'appels téléphoniques, aussi. Tous les services ont besoin de l'avis de la maintenance et imposent généralement leurs délais dans tous leurs projets. Un Directeur Technique doit s'affirmer et être écouté par sa Direction.
Le bon management de la maintenance A force de mettre la pression sur un service technique et maintenance faible, celui-ci perd son management, son tableau de bord pourvu des bons KPI, sa boussole TRS ou TRG, son plan de maintenance. On le pousse à former ses techniciens, à ne pas entrer en conflit avec ses prestataires et faire avec les contrats en place. Il devrait progresser avec peu de latitude qui n'est possible que s'il a un bon niveau. Et généralement ses bonnes idées sont reprises par le service excellence opérationnelle. Je peux les aider à rentrer dans un cercle vertueux.